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Nous
sommes en 1979. Depuis quatre ans, la
notoriété d'Arthur Quentin ne cesse de
s'imposer. C'est un concept différent, séduisant.
Mais de l'autre côté de la rue St-Denis,
presque en face, un snack-bar à
l'ancienne fascine Maryse Cantin.
L'architecture et l'authenticité de sa
vitrine la séduisent. Cet immeuble est un
des quelques rares bâtiments de la rue à
avoir une fonction commerciale. Pendant
longtemps il a abrité des pâtisseries
belges, dont la dernière en date fut la pâtisserie
Verdi. Et puis soudain, voilà que le
snack-bar est à vendre ! Il n'en faut pas
plus pour que Maryse se lance dans une
nouvelle aventure.

Ouvrir
une boutique de linge de maison, voilà un
beau défit et une belle occasion
d'imposer sa vision. En France, la mode
est régentée par Primerose Bordier et
Descamps, avec le coton et les camaïeux
de couleurs. L'idée de Maryse est de les
faire découvrir aux Montréalais.
Après
Arthur Quentin, un autre rêve se concrétise.
Son nom lui va à ravir : Bleu Nuit.
Ne
connaissant que très peu ce nouvel
univers, Maryse ignore dans quoi elle se
lance ! Les mesures et les dimensions ne
sont pas les mêmes. Et que dire des prix
! Au moment où le franc est à son plus
fort, elle tremble à l'idée de devoir
inscrire quatorze dollars sur l'étiquette
d'un torchon 100% lin.

Tout
semble hasardeux dans ce projet, sans
parler de son obstination à vouloir
revenir au coton, alors que les
importateurs essayent fermement de l'en
dissuader. Et puis tenir un ensemble de
drap c'est bien, mais ça ne suffit pas !
Il en faut toutes les tailles et toutes
les couleurs disponibles, sans parler des
taies d'oreillers !
Un
problème inconnu s'impose alors : le
volume de stock à tenir en inventaire
pour assurer le meilleur suivi.
Un
autre problème surgit aussi : la présentation.
Si disposer les articles chez Arthur
Quentin avait été un véritable plaisir,
il n'en est pas de même pour ceux de Bleu
Nuit. Le linge de maison, c'est plat, sans
relief et sans volume, même si il y a la
couleur. Le présenter devient un véritable
casse-tête… Parfois, Maryse se rend à
la boutique en pleine nuit, les étagères
lui donnent le vertige. Alors, elle place.
Elle remplace. Elle déplace. Elle
replace. Et place encore jusqu'à…
demain matin !

Maryse
ne s'en cache pas : à ses débuts, son rêve
n'a pas eu le succès escompté et, à voir tous
les clients d'Arthur Quentin défiler devant la
vitrine de Bleu Nuit sans que rien n'accroche
leur regard, elle s'interroge. Elle s'interroge
et s'obstine. Il lui aura fallu trois ans pour
lancer Bleu Nuit.
Aujourd'hui,
Bleu Nuit, tout comme Arthur Quentin, est devenu
une référence à Montréal.
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